L'histoire du féminisme
au Canada et au Québec
Bibliographie sélective
(2001)
SOPHIE DOUCET
Département d'histoire
Université de Montréal
KARINE HÉBERT
Département d'histoire
Université du Québec à Montréal
L’histoire du féminisme constitue un pont entre l’histoire des femmes et l’histoire intellectuelle car elle s’intéresse, entre autres, aux idées développées pour expliquer, justifier et parfois contester la place des femmes dans la société et dans l’histoire. Elle est une branche de l’histoire des femmes depuis les débuts de cette discipline à la fin des années soixante. Même si ce genre historiographique est intimement lié à l’émergence de la deuxième vague du féminisme, il a également été rendu possible par les bouleversements qui agitaient la discipline historique à cette époque.
Au Canada, les pionnières du champ, soucieuses d’obtenir l’égalité entre les hommes et les femmes, ont favorisé des objets d’études, tel le droit de vote et la participation politique, qui mettaient en lumière l’engagement public des femmes, tout en s’attardant à l’oppression qu’elles avaient pu vivre (Clio, 1982). Mais dans leur quête d’égalité, elles ont souvent posé un jugement sévère sur leurs prédécesseures, allant jusqu’à constater l’échec de leurs luttes, inscrites au nom d’une différence plutôt que d’une égalité entre les sexes (Bacchi, 1982; Cleverdon, 1950 et 1974; Pinard, 1979 et 1983). Assez rapidement, vers 1975, et de façon plus généralisée dans les années 1980, le mouvement féministe contemporain a évolué vers une valorisation de la différence des femmes (Prentice et al., 1988). Percevant les limites des études qui cherchaient à démontrer l’oppression des femmes, des chercheuses ont voulu élargir les perspectives en délimitant une «culture féminine» à l’intérieur de laquelle les femmes disposaient d’un certain contrôle et d’une certaine liberté. La sphère privée est devenue un objet d’étude privilégié et l’examen des luttes de femmes s’est diversifié. En même temps qu’elles étudiaient la vie privée et quotidienne des femmes, les historiennes se sont interrogées sur la place de celles-ci dans des mouvements qui n’étaient pas exclusivement féminins comme l’éducation, le mouvement ouvrier, le pacifisme, etc. (Bennett, 1986; Gorham et Williamson, 1989; Kealy et Sangster, 1989; Monet-Chartrand, 1993; Trofimenkoff, 1989). Après avoir étudié les femmes dans le monde des hommes et les femmes dans le monde des femmes, et après avoir constaté les limites des deux approches, les historiennes ont remis en question l’existence de deux mondes hermétiquement séparés. Le concept de maternalisme a alors été proposé pour identifier une tendance féminine du début du siècle qui tentait d’élargir le rôle maternel des femmes dans la société, faisant ainsi le pont entre les deux mondes (Hébert, 1999). Il en a résulté une vague importante d’études sur le développement de l’État-providence (Christie, 2000; Evans, 1997; Mitchinson, 1987). Ce questionnement sur les liens entre le privé et le public s’est accompagné d’un intérêt pour les interactions entre les hommes et les femmes et de l’émergence d’un nouveau courant : l’histoire du genre (Iacovetta et Kealey, 1996; Parr, 1995; Sangster, 1995). Ce courant est concomitant avec l’émergence du postmodernisme et met l’accent sur la construction sociale et discursive de la féminité et de la masculinité. Il s’accompagne aussi d’une reconnaissance de la multiplicité des identités. C’est donc dire que les femmes ne se définissent plus uniquement par leur féminité, mais aussi par la classe, l’ethnicité, la religion ou l’orientation sexuelle (Agnew, 1993; Cohen, 1990; Lachapelle, 1982; Lamoureux, 1993; Roy, 1985; Pal, 1993).
Les lignes qui précèdent brossent un portrait général de l’histoire des femmes et du féminisme au Canada et au Québec. Mais certaines particularités distinguent la pratique des historiennes du Québec, notamment en ce qui concerne les sujets qu’elles ont privilégiés. Les chercheuses d’ici peuvent, par exemple, être reconnues comme des pionnières dans un champ d’étude qui se développe depuis 1975 et qui examine les liens entre la question nationale et le féminisme. (De Sève, 1998; Lamoureux, 1987; Trofimenkoff, 1975 et 1986). Les nombreux travaux réalisés sur l’histoire des religieuses sont aussi particuliers à l’historiographie des femmes québécoises. Par ailleurs, les questionnements postmodernes et d’éclatement identitaire si populaires au Canada anglais et aux États-Unis n’a pas encore suscité le même engouement parmi les historiennes québécoises. Les choix historiographiques des historiennes des femmes au Québec s’inscrivent donc à la fois dans le développement du genre historique qu’elles pratiquent et dans le celui de l’historiographie québécoise en général.
Les travaux qui ont été sélectionnés pour cette bibliographie se penchent sur le féminisme au Québec et dans l’ensemble du Canada. Ceux qui portaient sur des régions spécifiques du Canada, autres que le Québec, ont été délibérément exclus. Cette bibliographie comprend six sections: A) Instruments de recherche et ouvrages de référence; B) Historiographie de l’histoire des femmes et du féminisme; C) Féminisme et antiféminisme; D) Histoire des mouvements et des luttes féministes; E) Figures du féminisme et F) Critiques féministes des disciplines. Dans la section «Figures du féminisme», nous n’avons retenu que les ouvrages portant sur les féministes les plus connues, en accordant une attention particulière aux féministes québécoises. Dans la dernière catégorie, nous avons choisi des travaux qui montrent comment le féminisme a influencé et s’est intégré dans les autres sciences sociales. Ce panorama couvre les années 1950 à 2000. Nous avons exclu les mémoires de maîtrise puisqu’ils sont difficilement accessibles.
Avant de plonger dans ces travaux, le lecteur consultera avec profit les deux grandes synthèses sur l’histoire des femmes au Canada et au Québec : Collectif Clio, L’histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, Montréal, Le Jour, 1992 (1982, première édition); et Prentice, Alison et al. Canadian Women. A History, Toronto, Harcourt Brace Jovanovich, 1996 (1988, première édition). Il existe aussi quelques grands recueils d’articles, dont : Prentice, Alison et Susan Mann Trofimenkoff, dirs. The Neglected Majority: Essays in Canadian Women’s History, Toronto, McClelland and Stewart, 1977 et 1985, 2 volumes; et Strong-Boag, Veronica et Anita Clair Fellman, Rethinking Canada: The Promise of Women’s History, Toronto, Copp Clark Pitman, 1991.







