Présentation

Revue Mens, volume XI, numéro 2 (printemps 2011)

La présente livraison de Mens regroupe des articles qui attestent la richesse et la diversité des études en histoire intellectuelle. Bien que consacrés à des sujets fort diff érents, les trois articles partagent des objectifs communs, soit ceux de sortir des sentiers battus, de rompre avec certaines idées reçues et, surtout, de redonner la parole à des acteurs parfois méconnus de l’histoire du Canada français.
Dans le premier article de ce numéro, Olivier Dard aborde le parcours intellectuel de Robert Rumilly, considéré comme un important passeur des droites nationalistes entre la France et le Canada français. Certes, largement inspirée du maurrassisme, la pensée de Rumilly se constitue également d’emprunts à diverses publications françaises associées à la droite politique, de La Nation française aux Écrits de Paris. M. Dard analyse attentivement l’empreinte laissée par les catégories d’analyse hexagonales sur les Cahiers de Rumilly. Son étude permet ainsi de déborder le seul contexte du maurrassisme et de situer la pensée de Rumilly dans un vaste horizon intellectuel. Dans un premier temps, l’auteur propose un bilan de la relation entre le maurrassisme et le Canada français ; il s’intéresse ensuite aux articles que Rumilly a consacrés aux lendemains du pétainisme ; enfin, il étudie le recyclage de schèmes interprétatifs français dans les Cahiers antigauchistes des années 1950.
Dans « L’évolution des sciences au Canada français examinée à partir de la mycologie », Guy Gaudreau s’inspire d’un cas singulier – soit la fondation des premiers clubs de mycologie dans les années 1950 – pour revisiter les parcours de scientifi ques importants du Canada français. M. Gaudreau s’attache, d’une part, à l’oeuvre du frère Marie-Victorin et à l’infl uence de sa communauté religieuse, les Frères des écoles chrétiennes, sur la diffusion des savoirs scientifiques auprès du public. D’autre part, il porte une attention particulière au rôle que joua René Pomerleau au sein du Cercle des mycologues amateurs de Montréal. Au fil de ses analyses, l’auteur revisite l’histoire de plusieurs institutions et associations canadiennes-françaises, dont le Jardin botanique de Montréal et l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (ACFAS).
Dans le troisième article du numéro, Mathieu Noël remonte aux sources de l’indépendantisme canadien-français en s’intéressant aux groupes de jeunes nationalistes des années 1930 tels que Jeune-Canada, les Jeunesses patriotes et les collaborateurs de Vivre et de La Nation. Au sein de ces groupes de jeunes se crée un réseau indépendantiste qui vise la création d’un État francophone en Amérique du Nord. L’étude de M. Noël montre bien comment l’idée d’indépendance, qui avait su attirer plusieurs adeptes au début des années 1930, connaît un rapide déclin. Faute de donner lieu à un véritable mouvement social, le réseau indépendantiste s’étiole avant de renaître vers la fin des années 1950.
Au moment où nous bouclions ce numéro, nous avons appris avec plaisir que Michel Ducharme, membre du comité de rédaction de Mens depuis plusieurs années, a obtenu le prix Sir-John-A.-McDonald pour son ouvrage Le concept de liberté au Canada à l’époque des Révolutions atlantiques (1776-1838). Nous tenons à lui adresser nos plus sincères félicitations.


Martine-Emmanuelle Lapointe
Pour l’équipe de Mens